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Dictionnaire de la Littérature Chrétienne

FAUST

quarta-feira 10 de outubro de 2007

Extrait du « Dictionnaire de la Littérature Chrétienne »

La damnation.

Les vingt-quatre ans du docteur Faust étaient terminés, quand en la dernière semaine l’Esprit lui apparut. Il le somma sur son écrit et promesse, qu’il lui mit devant les yeux, et lui dit que le diable, la seconde nuit d’après, lui emporterait sa personne, et qu’il en fût averti.

Le docteur Faust, tout effrayé, se lamenta et pleura toute la nuit. Mais son esprit lui ayant apparu, lui dit : Mon ami, ne sois point de si petit courage : si tu perds ton corps, il n’y a pas loin d’ici jusqu’à ce qu’on te fasse jugement. Néanmoins tu mourras à la fin, quand môme tu vivrais cent ans : Les Turcs, les Juifs, et les empereurs qui no sont pas chrétiens, mourront aussi, et pourront être en pareille damnation. Ne sais-tu pas bien encore qu’il t’est ordonné ? Sois de bon courage, ne t’afflige pas tant, si le diable t’a ainsi appelé, il te veut donner une âme et un corps de substance spirituelle, et tu n’endureras pas comme les damnés. Il lui donna de semblables consolations, fausses cependant et contraires à l’Ecriture Sainte. Le docteur Faust, qui ne savait pas comment payer autrement sa promesse qu’avec sa peau, alla, le jour susdit que l’Esprit lui avait prédit que le diable l’enlèverait, trouver ses plus fidèles compagnons, maîtres bacheliers et autres étudiants, lesquels l’avaient souvent cherché ; il les pria qu’ils voulussent venir avec lui au village de Romlique, situé à une demi-lieue de Wittenberg, pour s’y aller promener, et puis après prendre un souper avec lui, ce qu’ils lui accordèrent. Ils allèrent là ensemble, et y prenaient un déjeuner assez ample, avec beaucoup de préparatifs somptueux et superflus, tant en viandes qu’en vin que l’hôte leur présenta ; et le docteur Faust se tint avec eux fort plaisamment ; mais ce n’était pas de bon cœur. Il les pria encore derechef qu’ils voulussent avoir agréable d’être avec lui, et souper avec lui au soir, et qu’ils demeurassent avec lui toute la nuit, qu’il avait à leur dire chose d’importance; ils le lui promirent et prirent encore un souper. Comme donc le vin du souper fut servi, le docteur Faust contenta l’hôte, et pria les étudiants qu’ils voulussent aller avec lui, en un autre poêle, et qu’il avait la quelque chose à leur dire. Cela fut fait, et le docteur Faust parla à eux de la sorte.

Mes amis fidèles et du tout aimés du Seigneur, la raison pourquoi je vous ai appelés est que je vous connais depuis longtemps et que vous m’avez vu traiter de beaucoup d’expériments et incantations, lesquels toutefois ne sont provenus d’ailleurs que du diable, à laquelle volupté diabolique rien ne m’a attiré que les mauvaises compagnies qui m’ont circonvenu, et tellement que je me suis obligé au diable; à savoir, au dedans de vingt-quatre ans, tant on corps qu’en Ame. Maintenant ces vingt-quatre ans-là sont à leur lin jusqu’à cette nuit proprement, et voici à présent, l’heure m’est présentée devant les yeux, que je serai emporté : car le temps est achevé de sa course ; et il me doit enlever cette nuit, d’autant que je lui ai obligé mon corps et mon Ame, si sûrement que c’est avec mon propre sang.

Finalement, et pour conclusion, la prière amiable que je vous fais est que vous vouliez vous mettre au lit et dormir en repos, et ne vous mettez pas en peine si vous entendez quelque bruit à la maison, ne vous levez point du lit, car il ne vous arrivera aucun mal ; et je vous prie, quand vous aurez trouvé mon corps, que vous le fassiez mettre en terre ; car je meurs comme un bon chrétien, et comme un mauvais tout ensemble ; comme un bon chrétien, d’autant que j’ai une vive repentance dans mon cœur, avec un grand regret et douleur ; je prie Dieu de me faire grâce, afin que mon Ame puisse être délivrée. Je meurs aussi comme un mauvais chrétien, d’autant que je veux bien que le diable ait mon corps, que je lui laisse volontiers, et que seulement il me laisse avec mon âme en paix. Sur cela, je vous prie que vous vouliez vous mettre au lit, et je vous désire et souhaite la bonne nuit ; mais à moi, elle sera pénible, mauvaise et épouvantable.

Le docteur Faust fit cette déclaration avec une affection cordiale, avec laquelle il ne se montrait point autrement être affligé, ni étonné, ni abaissé de courage. Mais Tes étudiants étaient bien surpris de ce qu’il avait été si dévoyé, et que pour une science trompeuse, remplie d’impostures et d’illusions, il se fût ainsi mis en danger de s’être donné au diable en corps et en âme ; cela les affligeait beaucoup, car ils l’aimaient tendrement. Ils lui dirent : Ah ! monsieur Faust, où vous êtes-vous réduit, que vous ayez si longtemps tenu cela en secret, sans en rien dire, et ne nous ayez point révélé pi us tôt cette triste affaire? Nous vous eussions délivré de la tyrannie du diable par le moyen des bons théologiens. Mais maintenant c’est une difamie et une chose honteuse à votre corps et à votre âme. Le docteur Faust leur répondit : il ne m’a été nullement loisible de ce faire, quoique j’en aie eu souvent la volonté. Comme là-dessus un voisin m’avait averti, j’eusse suivi sa doctrine, pour me retirer de telles illusions et me convertir; mais alors que j’avais fort bien la volonté de le faire, le diable vint qui me voulut enlever, comme il fera cette nuit, et me dit qu’aussitôt que je voudrais entreprendre de me convertir à Dieu, il m’emporterait avec soi dans l’abîme des enfers.

Comme donc ils entendirent cela du docteur Faust, ils lui dirent : Puisque maintenant il n’y a pas moyen de vous garantir, invoquez Dieu, et le priez que, pour l’amour de son cher fils Jésus-Christ, il vous pardonne, et dites : Ah! mon Dieu ! soyez miséricordieux à moi, pauvre pécheur, et ne venez point en jugement contre moi ; car je ne puis pus subsister devant vous, et combien qu’il me faille laisser mon corps au diable, veuillez néanmoins garantir mon finie : s’il plaît à Dieu, il vous garantira. Il leur dit qu’il voulait bien prier Dieu, et qu’il ne voulait pas se laisser aller comme Caïn, lequel dit que ses péchés étaient trop énormes pour en pouvoir obtenir pardon. Il leur récita aussi comme il avait fait ordonnance par écrit de sa fosse pour son enterrement. Ces étudiants et bons seigneurs donnèrent le signe de la croix sur Faust pour se départir, pleurèrent et s’en allèrent l’un après autre.

Mais le docteur Faust demeura au poêle, et comme les étudiants s’allaient mettre au lit, pas un ne put dormir; car ils voulaient entendre l’issue. Mais, entre douze et une heure de nuit, il vint dans la maison un grand vent tempétueux qui l’ébranla de tous côtés, comme s’il eût voulu la faire sauter en l’air, la renverser et la détruire entièrement : c’est pourquoi les étudiants pensèrent être perdus, sautèrent hors de leurs lits, et se consolaient l’un l’autre, se disant qu’ils ne sortissent point de la chambre. L’hôte s’encourut avec tous ses domestiques en une autre maison. Les étudiants qui reposaient auprès du poêle, où était le docteur Faust, y entendirent des sifflements horribles et des hurlements épouvantables, comme si la maison eût été toute pleine de serpents, couleuvres, et autres bêtes vilaines et sales : tout cela était entré par la porte du docteur Faust dans le poêle. Il se leva pour crier à l’aide et au meurtre, mais avec bien de la peine et à demi voix ; et un moment après on ne l’entendit plus. Comme donc il fut jour, et que les étudiants, qui n’avaient point dormi toute la nuit, furent entrés dans le poêle, où était le docteur Faust, ils ne le trouvèrent plus, et ne virent rien, sinon le poêle tout plein de sang répandu : le cerveau s’était attaché aux murailles, d’autant que le diable l’avait jeté de l’un à l’autre. Il y avait là aussi ses yeux et quelques dents, ce qui était un spectacle abominable et effroyable. Lors les étudiants commencèrent à se lamenter et à pleurer, et le cherchèrent d’un côté et d’autre. A la fin ils trouvèrent son corps gisant hors du poêle, ce qui était triste à voir ; car le diable lui avait écrasé la tête et cassé tous les os.

Les susdits maîtres et étudiants, après que Faust fut ainsi mort, demeurèrent auprès de lui jusqu’à ce qu’on l’eût enterré au même lieu ; après, ils s en retournèrent à Wittenberg, et allèrent en la maison du docteur Faust, où ils trouvèrent son serviteur Wagner, qui se trouvait fort mal, à cause de son maître. Ils trouvèrent aussi l’histoire de Faust toute dressée et décrite par lui-même, comme il a été récité ci-devant, mais sans la fin, laquelle a été ajoutée des maîtres et étudiants. Semblablement au même jour, Hélène enchantée avec son fils d’enchantement ne furent plus trouvés depuis, mais s’évanouirent avec lui. Il y eut aussi, puis après dans sa maison, une telle inquiétude, que personne depuis n’y a pu habiter. Faust apparut à son serviteur Wagner, encore plein de vie, en la môme nuit, et lui déclara beaucoup de choses secrètes. Et même on l’a vu encore depuis paraître à la fenêtre, qui jouait avec quiconque y fût allé.

Ainsi finit toute l’histoire de Faust, qui est pour instruire tout bon chrétien, principalement ceux qui sont d’une tête et d’un sens capricieux, superbe, fou et téméraire, à craindre Dieu et à fuir tous les enchantements et tous les charmes du diable, comme Dieu a commandé bien expressément, et non pas d’appeler le diable chez eux et lui donner consentement, comme Faust a fait; car ceci nous est un exemple effroyable. Et tâchons continuellement d’avoir en horreur telles choses et d’aimer Dieu surtout; élevons nos yeux vers lui, adorons-le et chérissons-le de tout noire cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces : et à l’opposite, renonçons nu diable et à tout ce qui en dépend; et qu’ainsi nous soyons finalement Bienheureux avec Notre-Seigneur. Amen. Je souhaite cela à un chacun du profond de mon cœur. Ainsi soit-il.

Soyez vigilants et prenez garde; car votre adversaire le diable va autour de vous, comme un lion bruyant, et cherche qui il dévorera : auquel résistez, fermes en la foi. Amen.


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